Namedrops #43
L'art du naming : le gentilé
Jean Tillé ?… Non, non, gentilé. C'est, dixit Le Larousse, le « nom donné à chaque personne qui habite un lieu ».
Plus simplement, à Paris, on parle de Parisien.
Alors pourquoi ce mot résonne-t-il si fort dans notre pratique du naming aujourd'hui ? Parce que l'ère du zapping souffle tous azimuts. Les clients papillonnent d'une app à l'autre au gré des techs, des bad-buzz ou des tendances. Les collaborateurs entretiennent une relation au travail plus volatile, conditionnelle, court-termiste.
Dans ce contexte, il faut fidéliser : d’abord, les équipes pour développer leur sentiment d'appartenance, leur fierté ; puis le user, touché par une baisse de 25 % de fidélité aux marques en 2025 (Forrester). Pour les deux, il s'agit de laisser une empreinte malgré la « contentflation » : +400 % d'accroissement en 2 ans (McKinsey).
C'est là que le gentilé devient crucial. Twitter l'avait compris avec ses Twittos. Dans ce sillage, les marques misent toutes sur la déclinaison : les Swilers de Swile, les #wisers de Huwise, les Jinters de Jint, les Pluxers de Pluxee.
Anticiper cette malléabilité verbale impacte directement l'appropriation et la fidélisation, en BtoB comme en BtoC.
Floa Bank, ou l'art de nommer en 4 lettres
Dans le podcast « Tout est marques » de GOUDEMAND François-Xavier, Fabienne Le Scornet, Directrice Marketing, Brand et Communication de Floa Bank, raconte comment ce nom est né de sa collaboration avec NAMIBIE _ Naming & Branding.
L'enjeu du renaming ? Accompagner le virage international de la banque et rompre avec son passé. Il fallait donc trouver un nom court, mémorisable, qui traverse les frontières et évoque naturellement la simplicité.
Parmi 250 propositions, Floa s'est imposé. 4 lettres formant un nom court, compact, créé à partir des termes anglais "flower" et "flow". L’idée consiste à doter la marque d’une image positive et rassurante. Grâce à sa diphtongue, Floa est ouvert et fluide, à l’image de la marque qu’il porte.
Encore merci à toute l’équipe FLOA & à Ekno pour cette belle collaboration !
Si vous voulez en savoir plus :
Accéder au case Floa juste ici : https://agencenamibie.com/les-marques/floa-bank // Et au podcast : https://toutestmarque.lepodcast.fr/
« Are You Dead? » - Quand on nomme la peur de mourir seul.
En Chine, une application connaît un grand succès auprès des jeunes urbains vivant seuls. Son nom ? Are You Dead? (« Es-tu mort ? »).
Le concept de l'application est simple : tous les deux jours, un bouton vert à actionner pour confirmer qu'on est toujours là. Sinon, l'app contacte automatiquement un proche désigné. Lancée en mai 2025, elle explose ces dernières semaines et devient l'application payante la plus téléchargée du pays.
Au-delà de l'aspect morbide, ce qui interroge, c'est son nom : sans détour, sans euphémisme, la brutalité du nom claque comme une évidence.
Il se confronte à quelques critiques. Trop sombre, trop direct. Certains réclament du plus doux : « Are you ok? », « How are you? ». Mais Are You Dead? assume. Il ne rassure pas, il nomme l'angoisse. Celle de disparaître sans laisser de traces. Car le contexte parle de lui-même : d'ici 2030, 200 millions de Chinois vivront seuls. « Cette peur de mourir sans que personne ne s'en aperçoive », confie un utilisateur.
Un nom qui vaut des millions
Taylor Swift vient de bloquer une entreprise de literie qui voulait déposer « Swift Home » pour ses oreillers et matelas.
Ce qui coince ? Le nom trop proche de celui de la chanteuse, ajouté à un logo en cursive bien trop similaire à sa signature (qu’elle a également déposée).
Ni une, ni deux, l’équipe juridique de Taylor Swift attaque & l’entreprise abandonne sa demande. « Non essentielle à notre activité », précise-t-elle sobrement.
Derrière cette bataille apparemment anodine se cache une machine bien huilée : Taylor Swift gère un arsenal de 137 enregistrements et 40 demandes de marque actives aux États-Unis via TAS Rights Management. Au total, plus de 300 marques déposées incluant son nom, sa signature, & plusieurs de ses paroles de chansons.
Dans un monde où un nom peut porter le poids économique d'une petite nation, cette vigilance n'est pas un caprice : c'est une stratégie de protection contre le saignement de marque. Swift Home ? Partie avant même d'avoir commencé.
Nils, Alice, Benjamin : pourquoi les tempêtes portent-elles des prénoms ?
La tempête Nils vient de frapper la France avec des rafales à 150 km/h. Mais pourquoi Nils et pas Kevin ou Gertrude ?
Réponse : tout est anticipé. Depuis 2017, Météo-France, l'AEMET (Espagne), l'IPMA (Portugal), l'IRM (Belgique) et METEOLUX (Luxembourg) établissent ensemble une liste de 21 prénoms par saison. Pour 2025-2026 : Alice, Benjamin, Claudia, Davide, Emilia, Francis, Goretti, Harry, Ingrid, Joseph, Kristin, Leonardo, Marta, Nils, Oriana, Pedro, Regina, Samuel, Thérèse, Vitor et Wilma. Alternance masculin-féminin, rien de laissé au hasard.
En réalité, une tempête n'est nommée que si elle risque de provoquer une vigilance vent au moins orange sur l'un des six pays membres. L'objectif : communiquer efficacement et marquer les esprits, parce qu’un nom ancre l'événement dans la mémoire collective.
Et certains prénoms sont définitivement retirés, comme « Isis » en 2015 ou « Ida » en 2022 après une tempête meurtrière. Nommer les catastrophes, c'est aussi les graver dans l’Histoire.
Finalement, qu'il s'agisse de tempêtes ou de marques, la preuve est faite : un bon nom ne se contente pas d'exister, il s'imprime dans la mémoire.



